Isabelle Pellegrin, plasticienne.

La Noblesse du caoutchouc.

Cette jeune femme timide, au verbe doux, diplômée des Beaux-Arts, a choisi de se colleter avec des matièraux durs et plutôt virils.

Elle a travaillé la pierre, le béton, le bois, soudé l'acier et l'aluminium et depuis quelques années s'est prise de passion pour une matière surprenante, la chambre à air. Plus dure que le cuir, lisse, glissante, lourde, avec un galbe pré-existant qu'il faut domestiquer, son choix peut paraître étrange.

Son père travaillé dans l'univers du pétrole. A la fois fascinée et agressée par l'hégémonie économiques des grandes compagnies, elle développe un discours fortement écologiste. Son travaille participe en effet à un effort de recyclage de ces "morceaux de pneus qui encombrent la planète, stockés principalement dans le tiers-monde."

Sympathique certes, mais un peu réducteur, il faut voir le résultat de son labeur. Ce caoutchouc qu'elle découpe, qu'elle assemble comme un véritable bourrelier, conquiert ses lettres de noblesse tout au long de son travail. La matière gagne en sensualité. Les pièces qui sortent de son atelier, objets décoratifs et utilitaires, sacs et accessoires, vêtements sculpturaux, sortes de cuirasses des temps modernes, séduisent une clientèle très éclectique.

Alors pourquoi ne pas créer une entreprise de fabrication? "Non, ce n'est pas encore le moment, je préfère continuer mes explorations, travailler à partir de rencontres, de demandes. J'ai une énorme satisfaction à combler le désir de l'autre."

Marie Annick Aviotte

Hubert magazine - n°5, Mars/Avril/Mai 2003